Jour 3

Troisième jour,

Il y a des jours comme ça où tout semble rouler tout seul. Les mollets allégés par l’euphorie d’une bonne nuit et la fraîcheur d’une belle matinée, nous reprenons la route depuis St Eusebe jusqu’à Pouilly sous Charlieu, au bord du Loire.

S’enchaînent alors un petit déjeuner festif, une route agréable au bord d’un charmant canal le long duquel nous aurons su faire entendre nos plus beaux chants à de nombreux pêcheurs. Puis avant même de nous en rendre compte, nous voilà transportés aux portes de la basilique de Paray le Monial.

Nous y retrouvons Timothée (le frère d’Alexandrine, de passage), Camille et leur petite Zélie et partageons ensemble un repas. Soucieux de notre objectif principal, à savoir rouler jusqu’à Barcelone, nous dévorons chacun l’équivalent d’une ration raisonnable de trois personnes.

Et la route reprend, les kilomètres sont avalés, les paysages défilent, le tout sous une chaleur plombante. Une certaine monotonie s’installe, mais cela n’était pas sans compter sur les talents innés de notre estimé rouleur Florent pour faire rire les autres, malgré lui.

Voyez-vous, sur une piste cyclable, il existe des barrières qui assurent le seul passage aux cyclistes et piétons. Ainsi une première barrière est évitée et dans un geste nonchalant , Florent marque un stop. Sa prudence est saluée par Loïc. Florent redonne un bon coup de pédale pour reprendre sa vitesse mais ce qu’il mésestime, c’est que comme les trains, une barrière peut en cacher une autre.

Le voilà donc lancé à « pleine vitesse » et se dresse face à lui, un monstre de bois, contre lequel il sait qu’il a d’ores et déjà perdu. Dans un geste désespéré, il se saisit de la barrière pour tenter de ralentir sa course effrénée et dans un résultat digne des plus grands trapézistes, laisse filer son vélo sous la barre, et finit lui, suspendu sur celle-ci. Tout ceci sous le regard amusé d’une assemblée conquise par le grotesque de cette prestation.

Florent, blessé dans son ego, finira le reste de la journée à l’écart du reste du groupe, incapable d’affronter les regards moqueurs de ses camarades.

Lui vous décrira une faute d’inattention causée par Loïc, la réalité en est tragiquement plus simpliste : Florent est une réincarnation du personnage de Pierre Richard, et qu’il le veuille ou non, il se retrouvera toujours dans des situations rocambolesques. Reste à espérer qu’il y aura toujours témoins pour immortaliser ces moments de génie involontaire.

La journée se termine au camping de Pouilly, avec quelques hématomes pour certains, mais surtout l’agréable sensation que les moments que nous vivons resteront inscrits dans nos mémoires, au regret peut-être de certains.