Jour 6

Sixième jour, Fraisse à Goudet

La nuit, malgré un confort rudimentaire, a été plutôt confortable, comme si dans sa bonté ou sa pitié, Orphée avait voulu offrir un nouveau départ à notre petit groupe. Les yeux s’ouvrent, nous sommes bercés par le chant des hirondelles, les sauterelles semblent sauter sur nos tentes, nous sortons progressivement de notre torpeur. L’on se prend alors à espérer un jour plus apaisé, avant d’être ramenés brusquement à la dure réalité : le chant des hirondelles cesse, le bruit des sauterelles tapant sur la bâche s’intensifie. Il ne faut pas plus de quelques secondes à Simon pour comprendre la situation. Ni une ni deux, il jette son corps encore alourdi par le sommeil en dehors de sa tente et accourt dans tous les sens pour récupérer le linge pendu la veille. De mémoire d’homme, jamais notre estimé président ne s’était levé aussi vite.

C’est que le bruit des sauterelles était en fait celui de la pluie se heurtant sur nos abris de fortune. Plus tard, Simon confira vouloir remercier chaleureusement Loïc, celui qui avait la veille déclaré : « Laissons nos habits dehors, même avec l’humidité ambiante, ils seront d’avantage secs ».

Par chance, l’averse n’était que de courte durée, et le petit déjeuner a pu être pris sous un soleil réconfortant.

Les premiers kilomètres se font dans un cadre brillamment décrit par Simon comme « Le Haut Doubs mais avec des maisons du Sud ». Grâce à quelques bosses bien remontées, les mollets commencent à chauffer et à se tétaniser. Voilà d’ailleurs qui résumera à merveille notre journée : du magnifique, mais « fouya*, ça monte ».

Nous enchaînons les vallées et montées interminables. De fil en aiguille, l’atmosphère devient pesante, la veille bien ancrée dans les esprits pèse sur les consciences. Nous nous installons le midi au pied de l’église de St-Paulien . Dès son arrivée, Simon s’écrie, comme si une mouche l’avait piqué. Il jette son dossard à terre et jure à en rendre un Saint sourd. « Je me suis fait chier dessus par un pigeon », s’exclame le nouvellement inauguré caniveau itinérant. Quelques minutes plus tard, c’est Loïc qui sacrifia deux de ses doigts les plus chers afin d’offrir pitance à ses compères, en voulant rattraper à mains nues le réchaud bien trop chaud tombé par terre. Alexandrine, quant à elle, a été poignardée par Simon voulant lui aussi ratrapper le réchaud, un couteau à la main. En dehors de cela, tout va bien…

Quant à Florent, nous direz-vous ? Les infortunes s’accumulent autour de lui, et pourtant en dehors de son incapacité concrète à réaliser des photos sans trente foutues minutes de préparation, rien ne transparaît, et rien ne lui tombe dessus.

Nous remontons sur nos vélos, convaincus d’avoir rempli notre quota de pépins pour la journée. Et effectivement, en dehors de quelques gouttes et de la centaine de côtes à monter , cet après-midi nous a livré des paysages et lieux à couper le souffle.

Le Puy-en-Velay atteint, la chaude ambiance d’une ville en ébullition à quelques heures d’une finale de la coupe du monde se rappelle à nous. Après mûres réflexions et amers regrets, nous laissons derrière nous cette opportunité de suivre la finale sur écran géant et reprenons la route. Mais nous ne renonçons tout de même pas à cet événement : c’est juchés sur nos vélos et dans les dernières côtes qui nous séparent de notre lieu d’arrivée que nous suivons tant bien que mal cette importante affaire.

Arrivés au camping du sublime village de Goudet, nous nous délectons de tous les plaisirs : douche, couscous, fondant au chocolat, et lavage de nos affaires, nous ne nous refusons rien. Nous avons mérité chacun de ces traits de confort à la sueur de notre front (et pas que). La veille, nous nous sommes tous couchés avec, dans notre esprit, l’envie de croire que demain serait un jour différent. Nous n’avons pas été déçu du programme. Nous en avons bavés, Ô que oui. Mais nous avons parcouru et découvert des lieux magnifiques.

 

*Notre ami Pierre nous a appris que cette expression typique du coin, retranscrivait l’étonnement