Jour 11

Onzième jour, Sérignan à Perpignan
 
Avant de commencer, je me dois dans le souci de déontologie qui est mien, vous faire ressentir et vivre du mieux que je peux nos bons, mais aussi nos mauvais moments. C’est de ceux là dont il va être question. Cette page de notre carnet de bord commence donc par une courte mise en situation.
 
Il est de ces jours où rien ne va. On se lève du pied gauche et tout est d’ores et déjà plié.
Réfléchissez bien, nous avons tous vécu à un moment ou un autre ce genre de jour où l’on est seconde après seconde, ramené à la question existentielle : pourquoi je me suis levé ce matin ?
 
Maintenant imaginez vous ce type de journée, avec dix jours de vélo dans les pattes et le devoir de rouler encore.
 
Tout commençait pourtant bien : une nuit entre quatre murs qui débouche sur un petit dej avec un vrai café chaud, sans avoir à replier nos tentes auparavant.
 
Mais arrive le moment solennel du départ en vélo.
D’habitude, j’aime ces moments là, on est tous ensemble. Les regards se croisent. D’abord on emballe les affaires dans les sacoches, toujours, chaussettes, pantalons, sac de couchage. Ensuite on détache les vélos, toujours. Et là, on constate les dégâts de la veille, pas toujours avec gaïeté.
 
Une hernie pneumatique est dès le kilomètre zéro constatée pour Simon. Et l’on peut sentir l’humeur générale retomber à plat, comme la chambre à air de Loïc qui a elle aussi rendue l’âme durant la nuit.
S’enchaîne alors une longue attente, parce que monsieur Simon le Modeste Cycliste a évidemment un vélo avec des roues que trois magasins dans la France vendent.
 
Nous décollons finalement de Sérignan après quelques heures de décalage. Et pour se regonfler le moral, nous voilà face à une déviation routière. Le trajet déjà branlant de Simon s’effondre, et le voici plongé dans un mutisme profond. À croire que nous allons repasser à Bézier.
 
Puisque c’est comme ça, nous sommes résignés : nous prendrons n’importe quel chemin dans la bonne direction.
N’importe lequel et ce fût toi, petit chemin qui suivait l’autoroute. Goudronné au début, tu as choisi d’être troué par la suite pour finir en piste VTT. Merci de ton attention.
 
Puis arrivés à Narbonne, nous voilà face à l’indomptable question : comment sortir de cette fichue ville ?
Une question que se pose Simon depuis septembre dernier, à laquelle il avait partiellement répondu, mais que le vent de révolte a balayé : « Non, on ne passera pas par les montagnes ».
Mais les choix sont limités : c’est la montagne ou une nationale, et ça sera au final la voie ferrée. Effectivement, contraints par le temps (ces fameuses montagnes avaient accroché de beaux nuages tout noirs), nous nous sommes rabbatu sur l’option ferroviaire jusqu’à Port la Nouvelle, une quinzaine de kilomètres plus loin.
 
Le désarroi se lit dans les regards de Simon et Florent. Florent, dévasté par l’idée de se déplacer sans user de ses mollets laissera pour seul mot un long soupir.
 
Le train tout juste à quai, nous enfourchons de nouveau nos montures, juste le temps de nous élancer sur la crique et de sauter depuis nos vélos directement dans la mer, que nous découvrons enfin!!
Ensuite, sur les trente derniers kilomètres qui nous séparent de Perpignan, nous empruntons une piste cyclable qui aura eu raison de la volonté et de la force de notre président… Simon a alors adopté la posture bien connue des cyclistes en souffrance et en perdition, à savoir la posture dite « papale », rappelant étrangement celle de Jean Paul II sur sa papamobile dans les derniers temps – le vélo servant de papamobile, vous aviez compris…- Si vous avez oublié, faites donc un tour sur le net…
20h45, nous descendons enfin de nos vélos, décrochant péniblement la selle incrustée dans nos cuisses, pour profiter d’un repos bien mérité dans la maison de famille d’Alexandrine. Bilan, 100 km, à la suite des 125 de la veille.